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Dépistage du cancer du sein par des chiens

L’idée de faire appel aux capacités olfactives des chiens en matière de dépistage des cancers n’est pas nouvelle. Dès avril 1989, la revue scientifique médicale The Lancet se faisait l’écho de cette possibilité. Mais ce n’est que récemment que cette hypothèse de travail s’est matérialisée en de véritables études cliniques, notamment aux Etats-Unis avec le dépistage du cancer du poumon grâce à l’odorat des chiens. En France, le projet KDOG mené par Isabelle Fromantin et Pierre Bauër s’intéresse aux capacités olfactives des chiens pour dépister le cancer du sein. Alors que l’étude américaine utilise comme support des échantillons de sang, le projet KDOG s’appuie sur des compresses imbibées de sueur. Ce dernier part du principe que les odeurs émises par les plaies tumorales et les composés organiques volatiles sont des marqueurs de certains cancers.

Dans cet article, nous allons particulièrement nous intéresser aux travaux menés par l’équipe de KDOG au sein de l’Institut Curie.

Quel est l’intérêt d’un dépistage du cancer du sein par les chiens ?

Le recours aux performances de l’odorat canin pour dépister le cancer du sein présente quatre avantages majeurs :

Rendre le dépistage encore plus précoce

On le répète souvent dans nos publications : la détection précoce du cancer du sein est la clé pour faire baisser le taux de mortalité de cette maladie. Rappelons que 90 % des cancers détectés tôt sont guéris*. Un dépistage précoce augmente le taux de rémission du cancer mais limite également le recours aux traitements invasifs, longs et/ou douloureux, d’où l’intérêt des tests prédictifs également qui permettent de mettre en place un dispositif personnalisé de dépistage.

Utiliser l’odorat des chiens pour détecter les cancers du sein permettrait de déceler la présence de cellules cancéreuses avant l’apparition des premiers symptômes.

Bien entendu, le dépistage canin ne peut être envisagé que comme un dispositif préliminaire et devra obligatoirement être confirmé par une mammographie et, dans certains cas, une échographie, en cas de résultat positif.

Rendre le dépistage moins contraignant

Réaliser une mammographie n’est pas toujours une partie de plaisir. Sans être véritablement douloureux, cet examen n’est pas agréable pour les femmes. De plus, il convient souvent de mobiliser une matinée ou une après-midi pour la réaliser en tenant compte du temps de transport et d’attente. Il s’agit de contraintes d’organisation dont il faut tenir compte et qui peuvent décourager certaines femmes au planning chargé de dégager le temps nécessaire pour cet examen.

Le dépistage canin est, quant à lui, assez facile et peu contraignant. Il suffit de garder une compresse sous l’aisselle toute la nuit. Ce n’est alors qu’en cas de résultat positif que la mammographie interviendrait.

Rendre le dépistage accessible aux personnes handicapées

Les personnes handicapées pour lesquelles la station debout est impossible, compliquée ou pénible sont pénalisées avec le dépistage traditionnel du cancer du sein. Une mammographie suppose une station debout et immobile pendant un certain temps.

Le dépistage du cancer du sein en utilisant les capacités olfactives des chiens est accessible très facilement aux personnes à mobilité réduite.

Rendre le dépistage plus présent dans les pays en voie de développement

C’est l’une des ambitions du projet KDOG : permettre aux pays en voie de développement de réaliser des campagnes de dépistage du cancer du sein plus massives. En effet, dans ces pays, l’accès aux soins n’est pas uniforme. Le nombre de mammographes, lorsqu’il y en a, ne permet pas de mettre en œuvre une politique de dépistage du cancer du sein suffisante. Le recours aux chiens permettrait de pallier ce manque.

Néanmoins se pose la question du financement : le dressage des chiens pour détecter les cancers prend du temps et suppose un certain investissement.

Des résultats encourageants pour le projet KDOG

Le projet KDOG prend naissance dans la thèse d’Isabelle Fromantin débutée en 2009 et au cours de laquelle elle étudie les plaies tumorales du sein et notamment les composés organiques volatiles (COV) qu’elles dégagent ainsi que leurs odeurs. En 2012, elle conclut ses travaux de recherche avec l’hypothèse suivante : ces COV et odeurs seraient des biomarqueurs du cancer du sein qui pourraient être détectés soit par une analyse chimique soit par l’odorat des chiens.

L’année suivante, elle entre en relation avec des experts cynophiles et lance un appel à de nombreux hôpitaux. Une équipe pluridisciplinaire se met alors en place au sein de l’Institut Curie.

En 2017, les premiers résultats sont rendus publics avec un taux de réussite de 90,3 %, certains chiens atteignant même 100 % de réussite.

L’étude se poursuit toujours. Elle se base sur 450 échantillons fournis par des femmes ayant eu une mammographie anormale et sur plus de 10 000 échantillons sains fournis par des femmes volontaires. Les chiens sont entrainés pendant un an à reconnaître les échantillons malades. A l’issue de l’étude, ces 450 échantillons seront confrontés aux résultats des biopsies réalisées sur les patientes afin de parfaire l’analyse des résultats obtenus par les chiens. Durant l’étude, l’équipe de KDOG n’est pas informée des résultats de la biopsie.

*Institut National du Cancer (INCa) – Les cancers en France édition 2018

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